Les céramiques

5 juillet 2008 | La parole aux experts | admin

La céramique est le premier art du feu, avant même ceux de la métallurgie et du verre. Actuellement ce terme englobe la faïence, le grès et la porcelaine. Manuela Finaz de Villaine, expert en céramiques anciennes européennes, membre du Syndicat Français des Experts Professionnels en Œuvres d’Art et Objets de Collection, nous fait découvrir sa connaissance du marché et sa passion à travers leur histoire, leur beauté, leurs spécificités techniques et artistiques.

Les faïences

Au Moyen age, la céramique française couramment employée était la poterie (céramique à pâte poreuse). Pour la rendre imperméable, on la recouvrait d’un émail transparent à base de silice et d’oxyde de plomb qui pouvait être agrémenté de couleurs : vert, brun violacé, jaune, bleu. L’émail laissait toujours apercevoir la terre plus ou moins blanche ou rouge. Au XVème siècle, la production espagnole sous domination arabe introduit une céramique à surface blanche, résultant d’un mélange de silice et de plomb en y ajoutant de l’oxyde d’étain pour opacifier et blanchir l’émail. C’est la naissance de la faïence à émail stannifère. Cette production à décor lustré dite « Hispano-Mauresque » imitant le métal s’exporte vers l’Italie en transitant par l’île de Majorque : elle reçut dans ce pays le nom de Majolique.

L’Italie initiatrice de l’art

La France connaît la faïence par l’Italie, on parle de majoliques pour désigner les faïences de la Renaissance italienne et toute faïence s’inspirant de ce style.Elles se sont développées essentiellement grâce aux pharmacies des monastères à la fin du XVème siècle sous forme d’albarelles et de chevrettes destinés à recevoir les potions. Ces vases étaient peints du blason de la famille soutenant le monastère ou d’un sujet se rapportant à la maladie ou à son remède. Dans les premiers temps, les artisans de Toscane, Florence et Faenza incisaient la pâte, d’où le nom de scrafiatto donné à leurs vases à émail transparent. L’art du feu se développant, se raffinant, il évolua vers des objets moins utilitaires mais purement décoratifs, tels que les crespines, sorte d’assiettes sur pieds, les flasques à vin, les bassins ….. On parle de majoliques historiées pour les faïences dont le décor représentait des histoires (telles que la prise de Troie, le jugement de Pâris, Adam et Eve etc.…). Les plus fameuses sont celles de Faenza et d’Urbino. Commandés par les riches familles aristocratiques, ils étaient exposés dans des dressoirs, les « vitrines » de l’époque. Des scènes religieuses ou mythologiques y étaient la plupart du temps représentées et occupaient, tels de véritables petits tableaux toute la surface de la pièce. C’est également le début des services de table à fond blanc avec armoirie. Ainsi la manufacture d’Urbino a élaboré le service d’Isabelle d’Este, le grand mécène de l’époque. On en connaît une cinquantaine de pièces, éparpillées dans différentes collections et musées. Le décor de ces plats de monstrance était en général inspiré de gravures comme celles de Raimondi. Aux débuts de la faïence, comme aux débuts de l’existence de chaque manufacture, les productions sont toujours cuites en une fois. On parle de « grand feu » : une fois pour la pâte puis une seule fois pour les couleurs. Il n’y avait donc pas de repentir possible, le trait devait être sûr. Le développement de l’art de la céramique est en grande partie dû à Piccolpasso et son traité de l’art de la céramique, qui permit à la technique de s’étendre.

Essor en France

La faïence a donc quitté l’Italie se propageant grâce aux nombreux échanges commerciaux. Les artisans italiens s’installèrent à Lyon et Nevers exportant leur technique dans un premier temps, celle-ci évoluant ensuite avec l’influence locale. Il faut citer 4 grandes manufactures françaises : Rouen, Nevers, Moustiers et Marseille. Les premières faïences triomphent avec le camaïeu de bleu vers 1700- 1730, la polychromie nécessitant des cuissons successives plus compliquées. La faïence de Rouen connut dès 1545 l’influence de l’art grotesque italien avec Masseot Abaquesne. Les décors des faïences de Rouen sont souvent inspirés de l’orfèvrerie, ou de l’architecture paysagère des jardins figurée par des décors au lambrequin. L’évolution de Rouen introduit le rouge, vers 1725, couleur difficilement obtenue grâce au rouge de fer. La production de Nevers est quant à elle reconnaissable à ses décors bleus et de manganèse. On y retrouve également l’influence de la porcelaine chinoise déversée en grande en grande partie à Anvers, la New York de l’époque ainsi que l’influence perse dans le répertoire des fleurs. A Moustiers, les sujets sont également inspirés de gravure de Tempesta, représentant des scènes de chasse sur des plats de monstrance magistraux en camaïeu bleu. Puis les décors inspirés des gravures de l’ornemaniste Berain, représentant des caryatides, des dais, sont plus agencés, plus structurés. Cette manufacture est surtout connue pour les services armoriés fournis à la cour et aux grandes familles pendant plus de cinquante ans. La griffe marseillaise quant à elle réside dans la qualité des peintures, sans doute due à la présence de l’Académie de peinture dans cette ville. Là bas, une assiette est un tableau à elle seule : paysages élaborés, inspirés des tableaux de Vernet, de Lacroix de Marseille, décors légers et palettes de couleurs de petit feu, notamment le pourpre de Cassius. Les formes sont également très travaillées : anses ou couvercles zoomorphes, pièces ajourées etc.…

La porcelaine

La porcelaine, cet « Or Blanc » a tout de suite été l’objet d’un engouement inconditionnel, appréciée pour sa finesse et sa blancheur sans pareilles. La folie pour ce nouvel or était telle que le roi Louis XIV s’était fait construire un Trianon de porcelaine à l’image de la Tour de porcelaine de Chine dont il existe encore des gravures. La France était obligée d’importer cette porcelaine, ne possédant a priori pas dans ses sous-sols de kaolin, cette marne blanche fondamentale pour la fabrication de la porcelaine. En revanche très vite, on jalousa nos voisins les allemands qui découvrirent du kaolin à Passau et purent ouvrir une manufacture à Meissen, en 1715.Pourtant tout le monde à en tête les grands noms des manufactures françaises de Sèvres ou de Limoges. Mais à leurs débuts, on y fabriquait une imitation de porcelaine : la pâte tendre. Sorte de pâte hybride, mêlée de calcaire, de sable et de sel marin. On découvrira du kaolin bien plus tard près de Limoges, à Saint Yriex en 1760.

La pâte tendre

La pâte tendre fut inventée en France à Rouen pour la première fois, en 1663. Puis la manufacture de Saint Cloud (appartenant à Monsieur, frère du Roi) suit en 1678 et, en 1725, celle de Chantilly appartenant au Prince de Condé. Cette dernière se spécialisa dans l’imitation des porcelaines japonaises, art pour lequel le roi accorda un privilège de 20 ans. Enfin, en 1737, la pâte tendre se propage également à Mennecy. C’est seulement en 1740 qu’une manufacture est fondée à Vincennes. Grâce au soutien financier de Louis XV, la manufacture déménagera à Sèvres sur les terres de Madame de Pompadour, en 1756.Actuellement, la pâte tendre de Vincennes a une valeur très appréciable, car elle intéresse les collectionneurs pour toute sa partie relative aux essais de pâte et de couleurs. Il est en effet toujours fascinant de voir évoluer une technique. Il est amusant de retrouver des pièces non signées, dont le but était d’imiter la porcelaine de Saxe et de « tromper » l’amateur en étant marquée des épées croisées pour être vendues aussi cher que du Meissen à Paris.On ne peut évoquer la porcelaine et la manufacture de Vincennes sans parler des fameux biscuits. Cette technique qui consistait à cuire la pâte en deux fois. Madame de Pompadour encouragera fortement leur production et les utilisait mélangés à des statuettes ou construction en forme de portique en sucre utilisés en surtout de table. Ils pouvaient représenter des scènes de chasses superbes, des scènes plus pastorales avec des bergères mais également reprendre des thèmes chinois.

L’état du marché

Le marché de la céramique est actuellement très dynamique. La céramique est une valeur qui ne se déprécie pas, au contraire puisque leur fragilité rend ces pièces de plus en plus rares.Les pièces des manufactures de faïence française sont essentiellement échangées sur un marché local, c’est-à-dire français. Sauf celles de Marseille et de Rouen qui sont souvent achetées à l’étranger, tout comme la porcelaine de Vincennes et de Sèvres.

La valeur des pièces

Elles doivent être en bon état : une fêlure diminue de moitié la valeur initiale de la pièce !En cas d’éclat, il est souhaitable de se tourner vers un expert qui saura vous orienter vers l’artisan adéquat le plus à même de réparer dans les règles de l’art la pièce endommagée en fonction de sa spécificité.En revanche il est difficile de retrouver des services complets du XVIIIe, mais on peut avoir une idée de la profusion des différents modèles sortis de la manufacture de Sèvres lorsque l’on feuillette le catalogue de la collection Ziezeniss qui rassemblait plus de 200 assiettes différentes. Et si vous ne vous sentez pas l’âme d’assister à la vente de telles collections, vous pouvez fréquemment trouver de très belles pièces d’origine et provenant de service et de style variés sur expertissim!

Un commentaire pour “Les céramiques”

  1. muller dit :

    Je possède des servive de table et de thé en porcelaine de chine date de 1923 peint mains et dessin en relief.
    comment le faire expémenter par internet.
    Est-ce des objets de valeurs. Merci

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